Du mémoire de baccalauréat à la thèse de doctorat, l'essentiel mes travaux académiques a été réalisé à l'enseigne de la Théorie de la Forme urbaine. Une des forces de la Théorie de la forme ubaine est d'articuler ensemble différents niveaux de significations: des plus antropologiques, jusqu'aux manifestations architecturales et économiques du jeu des acteurs qui cherchent à occuper les « meilleures places » de l'échiquier territorial. Elle offre un cadre conceptuel permettant de convoquer dans une perspective d'ensemble les différentes contributions des sciences humaines.
Mon doctorat a été l'occasion de revisiter entièrement l'histoire du développement urbain de Québec, mon hypothèse étant celle d'une coïncidence entre la forme du paysage et la forme des idéaux comme moteur profond de l'urbanisation.
J'ai découvert que la genèse de Québec a été marquée par trois « détournements ». Le premier est survenu à l'époque de Champlain qui préférait de loin le site de Trois-Rivières. Mais la géopolitique amérindienne aura raison de ses préférences: Québec fut un choix par défaut! Le second détournement a été l'affaire de communautés religieuses qui détournaient à leur avantage le projet de ville nouvelle du gouverneur Charles Huot de Montmagny.
Enfin, le troisième et dernier détournement à infléchir la genèse de Québec a été « perpétré » par Lord Dufferin qui, en préservant les fortifications de Québec, se trouvait à prendre au piège les bourgeoisies. De modernes, ces dernières devenaient conservatrices, au propre comme au figuré. Depuis, le devenir de Québec est infléchi par cet héritage de la « Vieille Capitale ». Dufferait aurait-il volé le futur de Québec?
À la maîtrise, j'ai questionné l'impact du régime seigneurial sur la forme des premiers tracés ferroviaires du Québec. En fait, il est étonnant qu'on soit parvenu à construire des chemins de fer avant 1854, considérant la nature particulière du régime seigneurial. Ce sont les seigneurs qui ont ouvert la voie au chemin de fer en libérant le sol des contraintes du régime seigneurial. Le mémoire a permis de montrer qu'une « caste foncière » a spéculé sur de vastes domaines (seigneuries et cantons), retardant l'industrialisation du Québec et forçant des milliers de Canadiens Français à s'exiler vers les manufactures de la Nouvelle-Angleterre.
Mon essai sur l'origine de l'autonomie municipale de Lévis a permis de montrer que la faillite du seigneur Caldwell a contribué à l'arrivée précoce du chemin de fer dans la région de Québec et à l'industrialisation rapide de Lévis. En devenant titulaire de la seigneurie de Lauson, la couronne a pu « ouvrir » ce territoire à l'industrie. Cet ancien faubourg a pu ainsi éviter l'annexion, et même, concurrencer la « Vieille capitale ».