Analyses, textes d'opinion et chroniques urbaines

Je présente ici des articles et des réflexions sur des sujets liés de près ou de loin à la ville (géographie, urbanisme, histoire, etc.). J'écris ces articles en dilettante, selon l'inspiration du moment, et en retard par rapport à l'actualité. C'est un slow blog, comme il y a du slow food et du slow sex!! Il ne faut donc pas s'attendre à des publications à un rythme soutenu. Vous pouvez citer mes articles en spécifiant leur référence. Pour une reproduction complète d'un article, veuillez s'il vous plaît me contacter. Le respect de la propriété intellectuelle, c'est important.

 

Bonne lecture!


 

>Montréal, métropole de l'eau<

publication: 19 ma1 2010

 

Avoir une vision d’avenir pour Montréal

Le lecteur un peu distrait de la presse retient de l’actualité des dernières années une impression de mauvaises nouvelles : notre métropole semble désemparée. Voici en vrac quelques thèmes qui, à un moment ou un autre, ont fait les manchettes : la perte de la F1 et son retour laborieux, la propreté des rues, des projets urbains contestés ou inachevés (casino, chum, etc.), un Mont-Royal qui paraît menacé par les promoteurs, un quartier des spectacles qui a fait des remous jusqu’à Québec, des compteurs d’eau dont on a perdu le compte, la récente fermeture de la raffinerie Shell, etc.

Montréal a encore perdu des sièges sociaux (76) au profit de Toronto (176) et de Calgary (79) (note 1). Rappelons que des sièges sociaux représentent des lieux de pouvoir ayant une incidence sur le devenir d’une métropole dans la mesure où ils contribuent à son rayonnement par l’entremise, entre autres, de leurs pdg qui sont autant d’ambassadeurs capables de vanter leur ville. Les sièges sociaux représentent aussi des milliers d’emplois directs et indirects. Ces départs seraient-ils un signe que Montréal n’est plus une métropole et qu’elle a glissé lentement vers le statut de grande ville? Certes, plusieurs investissements sont sur le point d’être réalisés et d’autres sont à venir. Mais la réalisation d’une succession d’investissements ne constitue pas nécessairement l’incarnation d’une vision du Montréal que l’on désire pour demain (le pouvoir mobilisateur des équipements demeure toujours limité).

De façon similaire, les initiatives locales peuvent voir leurs effets dépasser l’échelle de leur quartier si elles se trouvent aspiréesvers le hautpar une vision qui mobilise une communauté entière. Par exemple, La Pressese faisait l’écho d’une suggestion du designer Denis Gagnon de regrouper les designers de Montréal dans un même quartier, de façon à créer pour la métropole une vitrine de la mode. Comme le soulignait une journaliste de La Presse «La liste des problèmes que doit régler Montréal est longue et ardue. Alors pourquoi, en attendant, ne pas commencer par de petites choses, des transformations peu coûteuses qui peuvent, elles, commencer à changer la ville?» (note 2). Cette vitrine de la mode serait indéniablement un plus pour Montréal, surtout si la métropole était mobilisée par une vision d’avenir, par une volonté d’atteindre un idéal urbain, permettant à chaque geste, aussi modeste soit-il, de s’inscrire dans un mouvement collectif.

Que Montréal soit animée de projets est un bon signe, mais un projet ne constitue pas une vision d’avenir. La question devient alors la suivante : comment rêvons-nous le Montréal de demain? Comment imagine-t-on Montréal dans cinquante ans? Quels gestes sommes-nous prêts à poser dès aujourd’hui pour que notre rêve se concrétise demain? Pour relancer Montréal, il faut une vision qui donne un sens, au propre comme au figuré, à tous les projets et investissements qui pourront l’animer dans le futur. Il faut faire rêver Montréal, il lui faut un idéal collectif à poursuivre. Ce rêve commun, cette vision susceptible de fédérer l’ensemble des Montréalais, peut inspirer ensuite des projets, capables de soutenir le développement économique de la métropole et de redynamiser plusieurs facettes de sa vie urbaine.

Dans le passé, plusieurs projets prometteurs ont visé le fleuve Saint-Laurent (Archipel; Un fleuve un parc; Montréal bleu, etc.), mais il s’agissait justement de projets qui, malgré tous leurs mérites, ne s’inscrivaient pas nécessairement à l’intérieur d’un rêve plus grand que Montréal. Nous pensons qu’il faut, pour relancer notre métropole, un idéal à poursuivre, un rêve plus grand que nature, susceptible de redonner à Montréal une nouvelle impulsion. Et cet idéal, qui peut contribuer à redéfinir Montréal, peut engendrer une multitude de projets capables de remobiliser la métropole. Il faut faire rêver les Montréalais!

 

Montréal métropole de l’eau

Depuis les années 1980, l’eau figure parmi les nouvelles valeurs qui mobilisent nos sociétés. Boire de l’eau en bouteille est pratiquement un geste politique; elle vaut parfois plus chère que le litre d’essence. Les propriétés localisées sur le bord des plans d’eau ont vu leur valeur atteindre de nouveaux sommets, signe que certains acteurs sont prêts à payer cher pour se conjoindre avec cette forme. Des artistes s’engagent au nom de sa protection; l’un d’eux s’est même envolé vers l’espace pour faire sa promotion. Des acteurs ciblent sont exportation en vrac, tandis que certains ont un œil sur l’eau des Grands Lacs. Depuis quelques années, le front fluvial de la métropole s’urbanise et se développe de façon ad hoc; on ne compte plus les tours d’habitation qui poussent le long de ses rives (rassemblement d’acteurs autour d’une forme-fleuve investie de nouvelles représentations). Il en va de même dans la région de Québec, où cette urbanisation se trouve encouragée par l’aménagement de la Promenade Champlain (décret de valeur). L’eau occupe donc une place importante dans notre imaginaire au point d’infléchir nos comportements et notre façon d’être, ce qui a une incidence sur le développement urbain.

L’eau occupe aussi une place importante dans la géographie et dans l’histoire de Montréal. De tous temps, l’eau a été, et est encore, un vecteur important des flux qui animent Montréal, et à certains égards, le fleuve et l’archipel ont participé, et participent toujours, de la personnalité profondede la métropole.

Il y a donc actuellement une coïncidence entre des valeurs environnementales qui emportent nos sociétés et une ville qui se fait archipel (le projet Archipel était-il trop en avance sur son temps?). L’eau pourrait être au cœur d’une vision d’avenir du Montréal de nos rêves. L’eau pourrait être le thème d’une vision commune, le moteur du Montréal que l’on souhaite dans l’avenir. Montréal ne pourrait-elle pas devenir une métropole de l’eau?

Faire de Montréal une métropole de l’eau donnerait un senset une couleurà toutes les actions municipales et à tous les projets de développement. C’est toute la ville qui se trouverait marquée, de près ou de loin, d’un sceau bleu et vert. Montréal métropole de l’eaupourrait ainsi devenir la trame de fond du développement urbain de la métropole, faisant éventuellement de Montréal une nouvelle référence en matière d’éco-urbanisme. C’est aussi associer Montréal à des symboles forts, à des valeurs qui sont importantes pour notre époque (nature, eau, paysage). C’est donc l’image internationale de Montréal qui s’en trouverait bonifiée, augmentant sa force d’attraction.

 

Eau et économie

Faire de Montréal une métropole de l’eau, encouragerait l’émergence de nouvelles grappes industrielles susceptibles de bonifier son économie. Cette nouvelle image d’une Montréal bleue et verte pourrait attirer des entreprises et des sièges sociaux désirant s’associer aux valeurs sous-jacentes à cette vision (une éventuelle bourse de l’eau?). C’est aussi le milieu de la recherche qui se trouverait redynamisé, non seulement en favorisant l’émergence de nouveaux créneaux de recherche, mais aussi par le développement de nouvelles alliances entre les universités et les entreprises. Montréal métropole de l’eaustimulerait le marché de l’emploi dans une grande variété de domaines. Montréal métropole de l’eaupropulserait la scène culturelle, sociale, récréative et touristique de la métropole dans de nouvelles directions, par l’entremise d’un fleuve de plus en plus désiré parce que réinvesti (compétitions nautiques, paysages, parcs linéaires, etc.). Dans cette optique, le fleuve pourrait devenir à la limite un nouvel espace public à l’échelle de l’agglomération.

Montréal métropole de l’eau, c’est une vision d’avenir à l’échelle d’un fleuve aussi vaste «qu’impétueux», pour reprendre une expression de Samuel de Champlain. Compte tenu de la force du fleuve, Montréal métropole de l’eaune saurait être comparé à des villes d’eau comme Venise ou Amsterdam. C’est donc quelque chose de totalement inédit qui pourrait relancer son économie.

Enfin, ce rêve montréalais pourrait rapidement devenir une vision métropolitaine en fédérant toutes les villes liées au fleuve par ses rives et ses affluents. Ce rêve fédérateur permettrait éventuellement de repenser le développement de la métropole à partir d’une vision bleue, à partir d’un idéal qui ferait de Montréal une référence mondiale en matière d’eau (recherche, entreprises, technologie, création, institutions, TIC, tourisme, etc.).

 

Un exemple de projet pouvant contribuer à cette vision d’avenir :
Montréal capitale du surf de rivière

La vague est là depuis toujours. Ils font la queue l’été pour la chevaucher quelques minutes à la fois. Certains bravent même l’hiver pour glisser sur son dos. Non, le surf n’est pas l’apanage des paradis ensoleillés. Le surf, aussi improbable que cela puisse paraître, est aussi montréalais. Sans aucune promotion, cette activité a attiré l’attention de la presse européenne. Le surf a même favorisé l’émergence de quelques pme qui tirent profit de cette nouvelle économie, aussi modeste soit-elle (école, fabrique de planches, etc.). Assurer la protection de la ressource, c’est assurer la pérennité d’une niche économique et de ses emplois. La richesse, c’est la vague.

Le projet serait de voir s’il est possible de créer artificiellement des vagues supplémentaires pour supporter le développement de cette activité. Contribuer au développement du surf de rivière à Montréal, c’est faire la promotion internationale de la métropole (compétitions internationales, tourisme, etc.). Favoriser l’émergence de telles activités singulières, c’est soutenir le développement de nouvelles niches économiques qui peuvent contribuer à l’économie de Montréal. Plus important encore, de tels investissements sont capables de frapper l’imaginaire et d’affubler Montréal d’une nouvelle marque de commerced’ampleur presque planétaire.

Favoriser le développement d’activités comme le surf, faire de la protection de la ressource «eau» une source de richesses,c’est faciliter éventuellement les (coûteuses) opérations de dépollution de l’eau et favoriser par la suite le développement d’autres activités (économiques) liées de près ou de loin au fleuve. Investir le fleuve, au propre comme au figuré, c’est réveiller un désir pour cet espace capable de devenir le point commun de tous les Montréalais. Investir le fleuve, cette incarnation de la nouvelle valeur «eau», c’est faire de Montréal une métropole de demain.

 

Pour terminer

Montréal métropole de l’eau, c’est une vision du Montréal qu’on désire voir se concrétiser demain. C’est une vision qui sert de bougie d’allumage à une relance de la métropole et de son économie. Montréal métropole de l’eauc’est voir plusieurs facettes de sa vie urbaine et culturelle être saisies d’un nouveau beat. C’est une vision montréalaise qui peut fédérer l’ensemble des villes de la région qui sont liées de près ou de loin par le fleuve et ses affluents. C’est une vision collective qui permettrait de redéployer la métropole à partir d’un rêve bleu et vert. Montréal métropole de l’eau, c’est investir le fleuve, se l’approprier collectivement et en faire la source d’une relance de la métropole dans une perspective de longue durée. Montréal pourrait alors acquérir une place sans pareil parmi les métropoles d’Amérique et devenir une nouvelle destination internationale. Montréal métropole de l’eauc’est lancer Montréal dans l’avenir à partir d’un rêve bleu et vert conforme aux valeurs qui mobilisent actuellement le monde.

 

 

Rémi Guertin Ph.D.

 

 

(note 1) Picher, Claude (2009), «Adieu, sièges sociaux» dans La Pressedu 20 octobre 2009, cahier «la Presse affaires»,
p. 1-4.

(note 2) Lortie, Marie-Claude (2009), «Et s’il y avait un Soho à Montréal?» dans La Pressedu 21 octobre 2009, page A 15.

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