Le Journal de Québec rapportait que: « Le maire [de Québec] se montre inquiet [...] de ce qui arrive dans le secteur Saint-Roch car, dit-il, “il faudra consolider, la job n’est pas faite” mentionnant que certaines entreprises ne paient pas leur loyer » [1]. Ce très bref commentaire — « il faudra consolider » — suggère que la renaissance de Saint-Roch reposerait sur des bases plutôt fragiles. Qu’arrivera-t-il de ce quartier quand « certaines entreprises » devront payer leur loyer? Quitteront-elles Saint-Roch avec la fin des subventions? Étant le fruit — en partie du moins — de divers programmes d’aide, est-ce à dire que le « Nouvo Saint-Roch » serait jusqu’à un certain point « artificiel »? Dit autrement, des subventions peuvent-elles, à elles seules, faire un centre-ville [2]? Elles étaient nécessaires à la relance de Saint-Roch, mais après plus de quinze ans d’efforts, ce besoin de consolider serait-il l’indice qu’une espèce de « limite » aurait été atteinte? Bien au-delà de la question des subventions, qui peuvent infléchir le devenir d’un quartier, deux éléments seraient au fondement de cette fragilité pressentie: la nature de la position qui accueille le nouveau centre-ville et la conjoncture qui anime actuellement cette position.
Saint-Roch,
dans l’ensemble, demeure un quartier modeste. On peut aisément «
expériencer » cette modestie en déambulant dans le faubourg. Elle
tranche par rapport au clinquant du nouveau Saint-Roch. Ce «
décollement » se profilerait jusque dans la désignation même de « Nouvo
Saint-Roch », dont le non-dit tend à dissimuler le Saint-Roch « ancien
». Dans ce contexte, et au-delà du coup de pouce pour assurer la
relance d’un quartier qui en avant tant besoin, les subventions
auraient été une façon d’atténuer l’écart qualitatif entre l’ancien et
le nouveau. Pour employer une formule un peu provocante, elles auraient
servi à « doper » la position modeste de Saint-Roch de façon à créer
une assise au nouveau centre-ville, en dépit de la qualité du lieu (de
la qualité d’occupation s’exprimant par la modestie du faubourg).
Aussi, la renaissance du centre-ville a vraisemblablement été le fait
d’une conjoncture qui a porté les efforts de relance, en amplifiant
notamment l’effet des subventions. Cette conjoncture serait le fait
d’un « retour en ville », sans lequel le projet de nouveau centre-ville
n’aurait possiblement pas eu la même « intensité ». Toutefois, le
besoin de consolider serait peut-être le signe que les subventions sont
insuffisantes à suppléer à la modestie de la position, ou alors que
cette conjoncture qui a favorisé l’émergence du nouveau centre-ville
serait en train de se résorber.
Le nouveau Saint-Roch
constitue un front urbain — instable par définition — qui a
pu
empiéter sur une position modeste à la faveur d’une conjoncture
particulière; cette dernière fut la condition de possibilité du nouveau
centre-ville. La stabilité de ce front est en partie dépendante de la
stabilité de cette conjoncture. Qu’elle fluctue — à la hausse ou à la
baisse — et elle pourrait entraîner dans son mouvement les efforts de
consolidation et le Nouvo Saint-Roch. De fait, une « consolidation »
peut-elle suffire à soutenir le nouveau centre-ville compte tenu du
contexte géographique dans lequel il se trouve? Peut-on au moins
anticiper quelque peu le devenir de ce quartier de façon à estimer la «
performance » éventuelle d’une telle consolidation? Doit-elle se faire
au
détriment de Saint-Roch l’ancien? En d’autres termes, l’imbrication de
l’ancien et du nouveau est-elle possible? Et si oui, jusqu’à quel
point? Une telle imbrication est-elle seulement essentielle?
Qu’adviendrait-il de l’ancien Saint-Roch si les effets de la
consolidation ne devaient pas avoir d’impact significatifs? Etc.
Nous
allons tenter de montrer que l’avenir du nouveau Saint-Roch passerait
peut-être par une requalification du projet initial: transformer le
Nouvo Saint-Roch pour mieux l’articuler à l’ancien et peut-être ainsi
lui donner un nouveau souffle, plus conforme à la nature du lieu et aux
aspirations de ceux qui se sont appropriés cette idée d’un nouveau
centre-ville. Dit autrement, en s’attachant à vouloir perdurer dans la
même direction, les efforts de consolidation pourraient ne pas porter
fruit, à cause du contexte géopolitique dans lequel s’est déployé le
nouveau centre-ville.
Saint-Roch est un faubourg, c’est-à-dire une forme dont l’émergence a été intimement liée à la localisation de l’industrie. Le faubourg a été le fait d’ouvriers contraints de s’installer à proximité des usines qui les embauchaient; à la limite, pas d’industrie, pas de faubourg. Dans le contexte du Québec, la manifestation la plus typique du faubourg daterait du XIXe siècle et du début du XXe siècle (Ritchot et al., 1977).
Saint-Roch
est certes un quartier modeste, ouvrier,
mais avec le temps, avec la succession des « investissements » (au
propre comme au figuré), ce faubourg a pris du « coffre »: les petites
maisons de bois ont souvent été remplacées par des résidences étagées,
etc., procurant au paysage du quartier un « rythme » bien à lui. Dans
l’absolu, Saint-Roch a connu de nombreux changements depuis la
fondation de Québec. Mais relativement à l’ensemble des positions qui
organise Québec, Saint-Roch demeure cet espace modeste (rural) qui
s’étend au pied de la haute ville cossue et institutionnelle [3]. La position qu’il
occupe dans la structure de Québec a ainsi une incidence sur son
devenir.
Saint-Roch n’a pas toujours été le downtown de Québec. Il s’agit là d’un caractère qui a émergé à partir de 1850 environ, voire même après 1860. Auparavant, c’était Place Royale qui lovait le « centre-ville ». En fait, Place Royale et la Basse-Ville accueillaient rapidement une variété d’acteurs, d’activités et de formes qui participaient à l’ambiance du lieu: marchés, place publique, port, entrepôts, commerçants, ouvriers, journaliers, bourgeois, débardeurs, marins, banques, bourse, douane, sièges sociaux, etc. Pendant pratiquement 200 ans, Place Royale fut le downtown de Québec, duquel ont tenta même d’exclure l’Église en cherchant à détruire Notre-Dame-des-Victoires pour agrandir la place du marché (Noppen, 1974, 71).
De son côté, Saint-Roch émergeait
lentement à l’ombre du coteau Saint-Geneviève. Louise Dechêne a pu
écrire: «dès les débuts, [Saint-Roch] présente un caractère nettement
populaire» (1981, 572). Sous le régime français, le développement de
Saint-Roch était en lien avec l’aménagement d’un chantier naval, d’une
brasserie (celle de Talon) puis de la Potasse (Hare et al., 1987). En
1692 on ouvrait « la rue des Pauvres “ descendant au Palais “ »
(l’actuelle côte du Palais; idem, 66); le toponyme suggère l’état des
lieux pour ainsi dire (la qualité d’occupation). Au milieu du XVIIIe
siècle Saint-Roch était toujours « un quartier essentiellement ouvrier
» (idem, 72) et à la fin du régime français «...l’ingénieur britannique
Patrick Mackellar qualifi[ait] [Saint-Roch] [...] de “Straggling Houses
inhabited by poor people”» (Morisset, 1996, 44).
Curieusement,
c’est dans ce quartier modeste que fut construit le palais de
l’intendant (1688-1759). De toute évidence, l’administration tenta de
valoriser ce secteur de Québec à l’aide d’un « investissement
structurant », ce qui eu pour effet, à une époque de marche à pied,
d’attirer quelques fonctionnaires dans Saint-Roch (peut-on faire un
parallèle avec le nouveau Saint-Roch?). Mais le palais fut avec le
temps submergé par le faubourg tout en étant épaulé par un chantier
naval, avant d’être transformé en caserne par les Britanniques. Bref,
tout au long du régime français, Saint-Roch demeurait un quartier fort
modeste, artisan et essentiellement résidentiel.
Avec
la grande croissance économique du XIXe siècle, les faubourgs de Québec
explosaient littéralement. Par exemple, entre 1795 et 1842, la
population de Saint-Roch passait de 830 à plus de 10 700 résidants
(Ville de Québec, 1987.1, 13)! Les bords de la Saint-Charles
accueillaient des chantiers, tandis que des tanneries s’adossaient au
coteau Sainte-Geneviève, sans oublier les nombreuses « échoppes »
d’artisans et les petites manufactures qui « trouaient » ça là le
faubourg. Pour l’essentiel, Saint-Roch accueillait toujours une
population d’ouvriers, de journaliers et d’artisans. Leurs maisons
étaient généralement en bois (plus tard en brique). Cela dit, quelques
patrons, comme John Goudie (sur Prince-Edward) ou John Munn (sur
Monseigneur-Gauvreau), résidaient à proximité de leur entreprise
(Morisset, 1996, 100-101). Sans oublier quelques commerçants qui
affichaient par l’architecture leur réussite socio-économique. Bref,
comme à l’époque du régime français, Saint-Roch restait un faubourg
(qualité d’occupation modeste ou rurale), qui affichait une certaine
mixité. Il avait aussi, pour ainsi dire, subitement « pris du poids »
(facteur externe: grande croissance démographique).
L’épidémie de 1832 cristallisait de nouvelles valeurs qui « infiltraient » depuis un certain temps la société: l’hygiénisme. Ainsi, tout d’un coup pourrait-on dire, on découvrait que la Basse-Ville et les faubourgs étaient des lieux sales, malsains (Mélançon, 1997). Cette « prise de conscience » amenait une certaine élite à désinvestir la Basse-Ville au profit de la haute ville (Hare, 1987; Noppen, 1974; Moss, 1994). Ensuite, et malgré le déclin du port (après 1850), la Basse-Ville avait tendance à s’industrialiser davantage, contribuant à ternir quelque peu son éclat et son ambiance. Ainsi, un ensemble d’éléments — allant de l’émergence de l’individualisme victorien et de l’hygiénisme en passant par des facteurs plus économiques — faisait basculer la Basse-Ville dans un long cycle d’érosion qui devait s'étirer jusqu’à la reconstruction à neuf de Place Royale (circa 1950-60). Ce déclin entraînait avec lui une partie du downtown de Québec.
Mais quelque part après 1850, et pendant que la Basse-Ville «
s’effilochait » lentement, le downtown
« glissait » vers Saint-Roch qui, du coup, s’animait d’une nouvelle
ambiance. Certes, Place Royale restait un espace attractif, notamment
grâce aux marchés Finlay et Champlain, mais la Basse-Ville, dans
l’ensemble, avait perdu une partie de son beat,
tandis que Saint-Joseph illuminait le faubourg ouvrier au moment où ce
dernier s’industrialisait rapidement (fabriques de chaussures, usines
diverses, etc.). Tous ces mouvements donnaient à St-Roch une tout autre
«
saveur ».
À partir de 1870 environ, Saint-Joseph, sur laquelle s’ébranlait un tramway, prenait « des allures commerciales sérieuses », pour reprendre l’expression de Louis Fréchette (1972). Il est intéressant de souligner que Saint-Joseph reliait deux pôles importants de la vie du quartier et de Québec: à l’Ouest la place Jacques-Cartier (marché) et à l’Est la gare ferroviaire, qui, elle, constituait peut-être une sorte de « nœud » permettant de faire le pont entre la Basse-Ville et Saint-Roch. Avec cette « nouvelle » rue Saint-Joseph, le faubourg Saint-Roch devenait une destination (Morisset, 1996). Dans les années 1930, Raoul Blanchard écrivait:
Ainsi,
au début du XXe siècle, Saint-Roch était toujours un quartier ouvrier.
Cette description est intéressante car elle évoque cette rencontre
entre le faubourg modeste (le « quartier est paisible et vieillot ») et
la rue Saint-Joseph plus imposante (« il en est de très considérables
»). Plus important, Raoul Blanchard laisserait entendre que la rue
Saint-Joseph, à son époque, aurait été relativement bien intégrée au
reste du quartier, l’indice étant ce côté « hétéroclite ». Le
décollement entre cette rue commerciale plutôt majestueuse et le
faubourg n’aurait pas été aussi intense qu’aujourd’hui. Certes, la
partie
Est de
Saint-Joseph aurait eu tendance à se « détacher »
davantage du reste du quartier, mais dans l’ensemble, il semble que
Saint-Joseph et son faubourg auraient été mieux arrimés. Il faut dire
aussi qu’avant les années 1950, la rue Saint-Joseph était littéralement
« engloutie » dans son faubourg; la cohabitation n’était pas une
option! Aujourd’hui, le « Nouvo Saint-Roch » peut sembler quelque peu «
parachuté » par rapport à son quartier d’accueil, tout en étant
rattaché à la haute ville par l’entremise de la nouvelle côte d’Abraham
(projet Méduse).
Bref, cette émergence du downtown
aurait favorisé une certaine « complicité » entre le Saint-Roch ouvrier
et cette rue un peu à part qui avait « toutes les améliorations
modernes que l’on voit dans les grandes boutiques de New York et de
Chicago »: « lumière électrique, élévateurs, chauffage à l’eau chaude
ou à la vapeur » (L’abbé Louis Beaudet, 1890 dans Ville de Québec,
1987.1, 25). L’émergence de Saint-Joseph aurait été le fait
d’acteurs qui désiraient s’y localiser [4].
Le Saint-Roch de la « belle époque » aurait donc eu un côté spontané. A
contrario, le Nouvo Saint-Roch repose sur un effort planifié de
restructurer un quartier qui fut désarticulé par un désinvestissement
massif et des opérations de rénovations urbaines (i.e.: des
démolitions). Il est aujourd’hui ciblé, entre autres, par des acteurs
qui profitent d’incitatifs financiers pour s’y localiser. Ce qui laisse
planer un doute quant à leur désir réel d’être dans Saint-Roch.
L’actuelle nécessité de « consolider » Saint-Roch serait-elle une
tentative de garder des entreprises que rien ne retiendrait au
centre-ville?
Un autre élément aurait pu jouer,
indirectement, à l’avantage de la rue Saint-Joseph: la bourgeoisie
aurait été plus encline à descendre dans Saint-Roch pour s’enquérir des
dernières modes. À cette époque (avant 1900?), la mixité sociale aurait
été plus tolérée qu’aujourd’hui. Cette
acceptation se trouverait à lire dans le paysage même de Saint-Roch qui
porte encore des marques d’une certaine mixité sociale. En effet, ici
et là à travers le faubourg on remarque quelques résidences plus «
costaudes », parfois au détour d’un coin de rue, enjolivées d’une
tourelle. Nous avons aussi évoqué ces patrons qui vivaient dans le
faubourg [5].
Aussi, la forme de la ville — plus « compacte » qu’aujourd’hui — aurait
participé de cette acceptation de la mixité sociale. Enfin, à cette
époque, la structure commerciale n’était pas éclatée comme
aujourd’hui.
Cela dit, certaines classes sociales avaient les
moyens de vivre leur « individualisme victorien » et notamment ceux qui
occupaient les villas de Sillery et cette bourgeoisie qui s’était «
réfugiée » intra muros. Québec portait déjà le sceau de la ségrégation
sociale, mais cette dernière aurait été différente de celle
d’aujourd’hui, où elle serait amplifiée par la forme même de nos
villes, découpées selon des critères fonctionnels et socio-économiques
(ici des résidences pour personnes âgées; là des bungalows pour jeunes
familles; là-bas des lofts pour « Boomers »; etc.).
Ainsi, après 1850, un ensemble de facteurs favorisait la relocalisation
du downtown
de Québec en plein faubourg ouvrier. Parmi ces facteurs figurerait
l’organisation même de Québec: la haute ville et l’axe monumental
étaient (et sont toujours!) sous l’ascendance de communautés
religieuses et d’acteurs disposant des moyens de leurs prétentions
(d’une capacité et du désir de mettre l’espace en valeur), tandis que
Saint-Roch était alors, en exagérant un peu, une sorte de zone franche
échappant à toute forme de contrôle (Guertin, 2006). Plus qu’un
déplacement, il y a eu émergence: la rue Saint-Joseph ne fut pas le
résultat d’un « programme d’investissements stratégiques » ou «
structurants ». Et cette spontanéité aurait favorisé une intégration
plus fine de Saint-Joseph au reste du faubourg.
Avec les
années 1940, Saint-Joseph commençait à se dédoubler sur le boulevard
Charest, sous l’influence vraisemblable de l’usage accru de
l’automobile (Mercier, 1998, 131). Bref, la main de Québec s’adaptait
au changement. Mais d’autres changements pointaient à l’horizon, des
changements que Saint-Roch ne parviendra pas à « encaisser ».
Dans la foulée du XXe siècle, de nouvelles valeurs commençaient à se diffuser à l’ensemble de la société occidentale. « L’individualisme » serait ici la façon facile — et rapide! — de synthétiser ces nouvelles valeurs alors en émergence [6]. Mais ce ne fut qu’avec la grande croissance économique de l’Après-guerre que l’ensemble de la société pu acquérir les moyens de vivre cet idéal individualiste hérité du XIXe siècle, via notamment la consommation de masse et le bungalow de banlieue. Ces nouvelles représentations auraient eu une incidence importante sur la forme générale de nos villes.
Cette évasion vers la banlieue
portait un dur coup aux quartiers centraux de Québec. Pour suggérer
l’intensité des départs vers la périphérie, François Hulbert a utilisé
la formule suivante: «alors que la population de l'agglomération [de
Québec] augmente de 80% en 30 ans, l'espace occupé par les
développements résidentiels augmente dans une proportion deux fois plus
forte (165%)» (dans Ritchot et al., 1994, 284). Délaissés de tous (en
exagérant un peu) les quartiers centraux perdaient de la valeur (au
propre comme au figuré) et se dégradaient selon différents rythmes.
Dans le quartier Montcalm par exemple, des maisons unifamiliales
étaient transformées en maison de chambres. On peut penser que pour
certains propriétaires (partis en banlieue?), il était plus intéressant
de louer ainsi leur maison que de tenter de la vendre dans un marché à
la baisse. Dit autrement, le désinvestissement qui emportait Montcalm
se répercutait (ou s’exprimait) jusque sur les valeurs foncières.
Dans
les faubourgs, il n’y avait pas que les résidants qui partaient pour la
banlieue: dès les années 1940, l’industrie manifestait une préférence
pour les parcs industriels de la périphérie, sous l’influence, entre
autres, de subventions gouvernementales (Hulbert, 1994). Saint-Roch
perdait alors un élément important de sa dynamique, et entrait dans une
longue phase « d’érosion ». De son côté, la rue Saint-Joseph était
emportée par le déclin du quartier, tout en étant délaissée par les
gens de Québec qui lui préféraient les nouveaux centres commerciaux de
Sainte-Foy notamment [7].
Plusieurs
tentatives de redressement furent alors proposées pour relancer la rue
Saint-Joseph, dont sa transformation en rue piétonnière, suivie de la
création du mail Saint-Roch. Mais peu importe les efforts, rien ne
semblait fonctionner, et pour cause! Le désinvestissement massif des
quartiers centraux et de leur mode vie au profit de la banlieue moderne
et des centres commerciaux minait ces efforts de redressement.
Saint-Roch entrait ainsi dans une « spirale descendante », entraînant
dans son sillage les tentatives de revitalisation. Comment des efforts
de relance pouvaient-ils donner leur « plein rendement » dans un
contexte où « tout le monde » se désintéressait de Saint-Roch? Sans
compter que la rénovation urbaine amplifiait les effets de cette
spirale: la destruction d’îlots entiers laissait le quartier exsangue.
Ainsi, la portée des efforts pour redéployer Saint-Roch était
restreinte par la nature de la position (modeste), par une conjoncture
de désinvestissement faisant « tomber » le commerce de la rue
Saint-Joseph et le quartier (départ des industries, etc.), et par des
activités de rénovation urbaine qui désarticulaient Saint-Roch. Cette
conjoncture — la spirale descendante — allait durer quelque trente ans.
Dans
la foulée de Québec 84, le secteur du « nouveau » Vieux-Port s’animait
d’un timide « retour en ville » (rassemblement des acteurs): d’anciens
hangars étaient graduellement convertis en condos et en lofts.
Sensiblement à la même époque, le Vieux-Québec et le quartier Montcalm
étaient eux aussi réinvestis. Dans Montcalm, les derniers terrains
vacants
commençaient à être comblés, tandis que des stations services
étaient remplacées par des usages plus rentables (Halles du Petit
quartier, condos, etc.). Si ce phénomène de retour en ville touche
depuis quelques années l’ensemble de l’axe monumental de Québec, il
atteint maintenant des positions périphériques comme
Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, voire même Saint-Sauveur. Bref, le
paysage des quartiers centraux s’est transformé non seulement par la
construction de nouvelles unités résidentielles, mais aussi par la
transformation de nombreux triplex en copropriétés. (photo: l’ancienne
salle de quilles de la rue Saint-Jean).
Il est difficile
d’identifier clairement les idéaux et les intentions à l’origine de ce
désir de vivre à nouveau dans les quartiers « traditionnels ». On peut
penser que certaines catégories d’acteurs chercheraient à se conjoindre
avec un idéal de « vivre en ville » pouvant s’exprimer par quelque
chose qui serait la « proximité des activités » (école à distance de
marche, petites rues commerciales sympathiques, parcs de détente,
etc.). À quoi s’ajouteraient certainement la qualité des appartements
et l’ambiance générale des quartiers visés. Il s’agirait d’un retour «
sélectif », étant le fait de catégories sociales
capables notamment d’assumer la propriété privée du logement... et
celui dans Montcalm n’est pas nécessairement donné [8]!
Si
l’axe monumental est la cible d’un retour en ville, certains faubourgs
accueilleraient pour leur part un « débordement » d’acteurs incapables
d’atteindre certaines positions privilégiées. Dans cette optique,
Saint-Roch serait, pour plusieurs, un choix par défaut. Il serait
vraisemblablement le fait d’acteurs désirant la
haute ville mais obligés de se contenter du Nouvo Saint-Roch faute de
pouvoir trouver « en haut » une place où s'installer. Les
efforts pour redéployer Saint-Roch auraient donc été portés par le
réinvestissement par défaut (le « débordement ») d’une partie de
Saint-Roch. La « spirale » se serait inversée grâce à ce débordement,
bonifiant en
quelque sorte les effets de la revitalisation. Saint-Roch aurait
accueilli ce débordement de par sa proximité avec le Vieux-Port et la
haute ville. Cette dynamique de débordement aurait tendance toutefois à
refouler
vers d’autres lieux certains acteurs plus « fragiles » ou moins «
mobiles » [9].
Mais
à travers se débordement se profilerait un autre mouvement, plus timide
cependant: Saint-Roch serait l’aboutissement (la position-but) de
trajectoires assumées par des acteurs à la recherche d’un rythme de downtown
(lofts, commerces spécialisés, boîtes « technos », TIC, etc.). Les
efforts municipaux pour relancer le nouveau centre-ville auraient ainsi
porté fruit, non pas tant par la venue d’entreprises qui ont profité de
subventions, que par la mise en place d’un projet de centre-ville
(idéalisé?) qui aurait été réapproprié par certains acteurs. À la
limite, le projet de nouveau centre-ville aurait raté sa cible pour
avoir visé « trop haut » (d’où le besoin de consolider?), mais il
serait parvenu, malgré tout, à mobiliser certains acteurs qui désirent
expériencer cette idée de centre-ville. Néanmoins, le nouveau
centre-ville, tel qu’idéalisé par la Ville, serait vraisemblablement en
décroché par rapport ce Saint-Roch désiré et approprié par quelques
acteurs spécifique.
Bref, les efforts municipaux pour
relancer Saint-Roch seraient aujourd’hui d’autant plus efficaces que la
position modeste du faubourg a pris localement de la valeur sous
l’influence d’un « débordement » d’acteurs, (dynamique de front). Mais
les inquiétudes du Maire Labeaume suggèrent que, malgré tout, le
nouveau centre-ville et sa rue Saint-Joseph auraient atteint une sorte
de « limite » ou qu’un décalage entre l’ancien et le nouveau
fragiliserait les acquis actuels. Le Nouvo Saint-Roch n’aurait donc pas
bénéficié d’une dynamique d’émergence comme a pu en profiter la rue
Saint-Joseph de la « belle époque ». Ce faisant, la nécessaire relance
de Saint-Roch aurait été (par définition?) un geste « à risque » car
étant le fruit d’un « programme », néanmoins nécessaire compte tenu de
l’état dans lequel le quartier était tombé. Ce décollement entre
l’ancien et le nouveau (la qualité d’occupation rurale du faubourg
versus la
forme cossue du Nouvo Saint-Roch), appelant vraisemblablement
une « consolidation », serait-il en train d’avoir raison des efforts de
relance? Quel avenir peut-on anticiper pour le nouveau comme pour
l’ancien Saint-Roch?
Assez simplement, trois scénarios d’avenir peuvent être identifiés. Il y a en premier lieu le scénario « catastrophe ». En effet, il est possible que cette dynamique de débordement se résorbe au profit d’une autre conjoncture. Par exemple, qu’arriverait-il des différents quartiers de Québec lorsque les « Boomers » — environ le quart de la population — commenceront à se relocaliser plus systématiquement? Autrement dit, le devenir de Saint-Roch dépend, entre autres choses, de ce qui peut se passer dans les autres quartiers de Québec.
Une réorientation
de cette conjoncture de débordement qui anime actuellement St. Roch
pourrait faire basculer le faubourg dans une nouvelle phase de
désinvestissement, limitant la portée des efforts de consolidation. Le
scénario catastrophe n’est pas impossible, à cause notamment de ce
décalage entre une position modeste (rurale) et un front urbain qui
pourrait présenter une certaine instabilité conjoncturelle. Toutefois,
le scénario catastrophe serait peu probable dans la mesure où nous
sommes aujourd’hui plus nombreux (et d’autant plus que nous sommes
moins nombreux par logement), ce qui contribuerait indirectement au
maintien (partiel?) du front urbain. Mais il pourrait être sage tout de
même d’échafauder un plan de relance (ou de sauvetage?!), advenant
qu’un certain nombre d’indices permettraient d’entrevoir l’avènement
d’un tel scénario.
Le nouveau Saint-Roch pourrait poursuivre
son déploiement, contribuant à gentrifier davantage le faubourg. Ce
second scénario risque d’advenir tant que perdurera cette dynamique de
« débordement ». Néanmoins, Saint-Roch aurait une certaine capacité de
résistance, ne serait-ce que par la taille de certains de ses
logements. Et puis, pour l’heure, la rue Saint-Joseph constituerait une
sorte de frontière au-delà de laquelle la gentrification est certes
manifeste, mais vraisemblablement non généralisée [10].
Une avancée est plausible, mais pourrait être ralentie, non seulement
par Saint-Roch l’ancien, mais aussi par tous les projets de
construction qui animent en ce moment Québec. Et, si le front urbain
devait empiéter davantage sur le faubourg, qu’arrivera-t-il de tous
ceux qui seront refoulés hors de Saint-Roch? Où iront-ils puisque les
positions environnantes sont pour la plupart déjà occupées, positions
qui, entre autres, n’ont pas toujours les services qu’on peut retrouver
dans Saint-Roch actuellement (CLSC, bureau d’emploi, etc.)? En d’autres
termes, il est vraisemblable de penser que le « Nouvo Saint-Roch »
puisse se déployer davantage, au détriment peut-être du Saint-Roch
ancien, et les conséquences sociales d’un tel scénario devraient faire
l’objet d’une attention particulière. [11].
Par
les temps qui courent, il y a sur Saint-Joseph un certain nombre de
locaux qui ne semble pas trouver preneur. Est-ce un signe avant coureur
que le nouveau centre-ville serait en train de « plafonner »? Le
nouveau centre-ville serait-il sur le point d’atteindre une sorte
d’équilibre entre ce que peut supporter la position et l’appel de
nombreux foyers qui peuvent être, pour certains commerces, plus
intéressants (Vieux-Port, Place-Laurier, etc.)? Un troisième scénario
serait peut-être en train de se profiler: le front urbain pourrait se
stabiliser, la rue Saint-Joseph cristallisant cette rupture entre le
nouveau et l’ancien. Dans l’optique d’un tel scénario, les efforts de
consolidation souhaités par le Maire Labeaume permettraient d’assurer
une certaine pérennité à cet « équilibre »; la consolidation prendrait
ici tout son sens. Mais, en matière de dynamique urbaine, l’idée
d’équilibre est toujours relative à une certaine période de temps. Le
troisième scénario ne serait alors qu’un « palier » vers autre chose
(le scénario un ou deux?). Et même si le nouveau centre-ville devait se
stabiliser, il y a lieu de penser qu’une articulation plus fine entre
le nouveau et l’ancien serait souhaitable. Dit autrement, les efforts
de consolidation seraient peut-être d’autant plus efficace qu’ils
parviendraient à enraciner le nouveau centre-ville dans son contexte
d’accueil (ie.:
à tenir compte de la qualité d'occupation de la position).
Un quatrième scénario pourrait éventuellement survenir, à mi-chemin entre la « catastrophe » et « l’équilibre ». Avec la fin des subventions, un certain nombre d’entreprises pourraient choisir de se relocaliser ailleurs dans Québec. De même, certains acteurs pourraient quitter Saint-Roch à la faveur de conjonctures rendant les quartiers environnants plus accessibles. Si, de prime abord, un tel « recul » serait néfaste pour le Nouvo Saint-Roch, il pourrait cependant constituer une occasion de recentrer le quartier autour d’un beat plus conforme aux rêves et aux aspirations de ceux qui ont réellement choisi Saint-Roch et de ceux qui résident dans Saint-Roch « depuis toujours ». Dit autrement, advenant le cas où le nouveau Saint-Roch manifesterait des signes ou de ralentissement, la consolidation pourrait se faire à partir ou autour de ce rassemblement qui se profile sous le « débordement ». En cherchant à relancer Saint-Roch autour de, et avec ceux qui désirent et vivent Saint-Roch, il serait peut-être envisageable d’assurer un meilleur arrimage entre l’ancien et le nouveau, contribuant à rendre le nouveau centre-ville plus « viable » parce que plus conforme aux aspirations de ceux qui se le sont approprié.
Ainsi, et aussi paradoxal que cela puisse
paraître, protéger les acquis obtenus de « hautes subventions »
nécessiterait peut-être de réarticuler le Nouvo Saint-Roch autour de
quelque chose de moins institutionnel, de plus « quotidien », de plus
proche des aspirations de ceux et celles qui ont désiré et désirent
toujours Saint-Roch [12].
Le Nouvo Saint-Roch s’estomperait en quelque sorte au profit d’un
Saint-Roch à l’image de ceux qui l’ont investi. Saint-Joseph pourrait
alors prendre un autre visage, moins huppé et offrant un plus grand
nombre de commerces de proximités, avec des commerces spécialisés plus
« alternatifs » que « sélects ». Ce qui n’empêcherait pas la présence
de commerces de luxe ou de bureaux « technos ». Ce quatrième scénario
demanderait ainsi de jouer une carte risquée: celle du désir,
c’est-à-dire de consolider le nouveau centre-ville à partir de ceux qui
restent, mais aussi en cherchant à se rapprocher du Saint-Roch réel,
tel qu’il est et non en cherchant à matérialiser un idéal en dépit de
la nature profonde du quartier et la position qui le supporte.
Vouloir
faire de Saint-Joseph une destination en plein faubourg, à une époque
où la mixité sociale ne constitue plus quelque chose de réellement
désirée et à une époque où le consommateur, sollicité par de multiples
foyers d’appel, bénéficie d’une grande mobilité, était peut-être trop
audacieux. Et puis, des « pôles », comme le centre-ville de Sainte-Foy
qui, avec sa place commerciale toujours en croissance constitue
aujourd’hui le centre économique de Québec, exercent une attraction
certaine, d’autant plus que de telles positions ne présentent pas un
contexte de faubourg. Quoi de plus facile pour certains commerces de se
relocaliser dans Sainte-Foy ou dans le secteur du Vieux-Port. Sans
compter que le Nouvo Saint-Roch tient peut-être plus de la haute ville
institutionnelle que du downtown:
le soir, Saint-Joseph est souvent plus sage que la rue Saint-Jean! Dit
autrement, Saint-Joseph, parfois, n’est guère plus animé que le secteur
des centres commerciaux de Sainte-Foy.
Un
recul du nouveau
Saint-Roch laisserait donc le choix entre une intervention « classique
», faisant appel d’éventuelles subventions et une approche (tout aussi
risquée?) nécessitant d’écouter ce « rythme » qui anime Saint-Roch en
sourdine de ce débordement. La seconde approche viserait donc à
encourager la part spontanée du Nouvo Saint-Roch. Bref, l’avènement
d’un « recul » pourrait constituer une occasion de prendre un autre
pari, moins ambitieux certes, mais peut-être plus conforme aux
espoirs de ceux qui se sont appropriés à leur façon ce projet de
centre-ville initialement idéalisé par d’autres. Cela atténuerait
peut-être cette rupture entre le Nouvo Saint-Roch et son contexte
d’accueil [13].
Mais ce quatrième scénario porterait ces propres limites. En effet, ce
mélange d’étudiants [14],
de jeunes (et de moins jeunes!) professionnels, d’artistes, de
résidants de toujours, etc., qui caractériserait Saint-Roch
aujourd’hui, serait le fait d’autant de rêves et de désirs différents
trouvant à s’incarner dans la même forme (le faubourg Saint-Roch).
Autrement dit, Saint-Roch serait leur seul point commun, et, encore, il
s’agirait d’autant de Saint-Roch qui ne se recouvrent pas tout à fait.
À une époque d’individualisme généralisé, on peut penser de prime abord
que ces différentes « classes sociales » n’ont guère de points en
partage. Mais justement, elles ont en partage cette forme qui constitue
un lieu de rencontre (au propre comme au figuré). Le défi serait alors
de trouver une façon de faire en sorte que tous ceux qui désirent
Saint-Roch puissent y faire leur nid, c’est-à-dire faire une « place »
aux différents Saint-Roch qui sont actuellement la cible d’autant de
trajectoires différentes, d’autant d’acteurs différents. C’est là que
la réarticulation du nouveau Saint-Roch à l’ancien trouverait à
s’exprimer le plus: reconnaître le quartier tel qu’il a finalement
émergé — par cette rencontre d’un centre-ville idéalisé, d’un faubourg
et d’acteurs s’étant approprié cette idée de centre-ville — pour
modifier l’intention de départ — s’éloigner du centre-ville idéalisé —
et l’adapter de façon à amplifier cette part spontanée qui anime
Saint-Roch.
Tabler sur la part spontanée de Saint-Roch en
espérant que le « Nouvo » prenne racine dans l’ancien, faire en sorte
que tous ceux qui désirent se conjoindre avec cette idée de nouveau
centre-ville puisse le faire, est certes idéaliste, mais pourrait
s’avérer plus porteur et plus viable que l’idéal de centre-ville qu’on
chercherait à imposer au quartier en dépit de la nature de sa position.
L’avenir de Saint-Roch n’est pas tracé d’avance, et de nombreux facteurs peuvent infléchir son devenir. Longtemps un simple faubourg ouvrier, Saint-Roch s’animait d’une rue commerciale fréquentée de tous. Puis, cette « intensité » devait se perdre dans et par l’évasion vers la banlieue. Après trente ans de marasme, un ultime effort de relance profitait d’une conjoncture particulière, démultipliant ses effets. Aujourd’hui, le nouveau centre-ville serait en train d’atteindre une limite nécessitant une consolidation. Cette limite serait le fait de la nature modeste de la position et d’une conjoncture qui serait peut-être en train de « tourner ». Sans compter que certaines positions environnantes disposent de leur propre dynamique pouvant avoir une incidence sur l’avenir de Saint-Roch.
Quatre scénarios sont
susceptibles d’emporter le devenir de ce quartier. Et, comme il est
difficile d’anticiper le futur, d’autres possibilités peuvent advenir!
Cela dit, une approche par scénarios a peut-être le mérite de réduire
l’incertitude qui plane sur tout processus de planification en
permettant d’entrevoir un peu à l’avance ce qui « guette » un quartier
ou un investissement municipal. Dans le cas de Saint-Roch, les
scénarios deux et quatre seraient peut-être les plus susceptibles de se
produire... qui sait?! Le contexte actuel qui anime Saint-Roch aura un
impact — positif ou négatif — sur cette consolidation souhaitée. Là
encore, une approche par scénarios permettrait peut-être d’effectuer
des choix plus proches du Saint-Roch tel qu’il est aujourd’hui.
Arrimer
plus finement le Nouvo et l’ancien, en permettant à ceux qui le
désirent vraiment, de faire leur nid dans Saint-Roch, constitue
peut-être une voie pouvant donner au centre-ville de Québec cet élan
lui permettant de se déployer par lui-même et de se développer plus
spontanément. Et puis, Saint-Roch ne peut pas dépendre éternellement de
subventions. Mais une telle approche demanderait de revisiter
l’intention de départ pour rapprocher le Nouvo Saint-Roch de ceux qui
se sont approprié cette idée de centre-ville comme de ceux qui résident
dans Saint-Roch depuis toujours. Autrement, une tentative « classique »
de consolidation ne ferait peut-être « qu’étirer » un centre-ville un
peu artificiel qui nécessiterait, selon les conjonctures, à nouveau
d’être consolidé.
Faire reposer cette consolidation sur ce
rassemblement qui se profile en sourdine du débordement permettrait
peut-être au quartier d’acquérir avec le temps un autre beat, différent de
celui qu’on essai de lui imposer, un beat
qui serait le sien, qui émergerait des différentes idéalisations du
centre-ville, mais ayant comme point de convergence cette forme. Mais
il existera toujours un risque de rater la cible! Trop de facteurs
infléchissent le développement urbain, sans compter que, généralement,
l’avenir est plutôt difficile à... deviner!
Rémi Guertin
Ph.D.
[1] Le Journal de
Québec (2008), Prêt à défendre un nouvel amphithéâtre. Labeaume ouvert
au retour de la LNH. Samedi, 8 mars, p. 4.
[2] La Ville de Québec
aurait investi environ 300 millions de dollars dans Saint-Roch pour
assurer sa relance (Hulbert, 1994).
[3]
Cette image d’une haute ville cossue et d’une basse ville modeste doit
être nuancée puisque quelques faubourgs viennent ici et là « trouer »
le promontoire de Québec (Saint-Jean-Baptiste, le faubourg Guenette,
ceux de Sillery). Il y a ainsi de la basse ville en haute ville!
[4]
À l’époque où Saint-Joseph accueillait le « tout Québec commercial »,
la rue Saint-Jean s’imposait aussi comme artère commerciale
d’importance. «On sait qu'en hiver la promenade à la mode, à Québec,
c'est la rue Saint-Jean. À cette époque du moins, vers quatre heures de
l'après-midi, l'étroit boyau regorgeait de joyeux piétons et de riches
équipages. C'était le rendez-vous de la jeunesse élégante» (Fréchete,
1972, 80-81).
[5]
Sur la rue Saint-Vallier, on retrouve ici et là quelques vastes
demeures qui, par leur présence, rappel qu’il fut une époque où
certains bourgeois (issus eux-mêmes de Saint-Sauveur?) préféraient le
faubourg modeste à la haute ville cossue.
[6]
Ces nouvelles valeurs se devinent au fil des romans de Roger Lemelin
par exemple. Sur l’émergence de l’individualisme on peut consulter,
entre autres, Charles Taylor (1998).
[7]
Au sujet du Saint-Roch commercial de la seconde moitié du XXe siècle,
et plus spécifiquement sur le devenir du Mail Saint-Roch, voir
l’article de Guy Mercier et Sophie Mascolo (1995).
[8]
Étant sélectif, ce mouvement vers le centre n’empêche pas la
construction de bungalows neufs en périphérie de plus en plus éloignée.
[9]
La crise du logement qu’a récemment connu Québec serait à comprendre
dans et par cette dynamique de rassemblement des acteurs. Ce
rassemblement a eu pour conséquence de pousser à la hausse le prix des
loyers (incluant aussi la transformation d’appartements locatifs en
condos), faisant en sorte que certains acteurs plus « fragiles » ont
été refoulés en dehors de certains quartiers. Dit autrement, la crise
du logement n’aurait pas été « absolue » mais relative à certains
quartiers animés d’une dynamique de rassemblement réduisant l’offre de
logements abordables (Guertin, 2006).
[10] Il s’agit là d’une
impression qui nécessiterait d’être validée.
[11]
Il est à souligner qu’en soit la gentrification peut-être fort
intéressante dans la mesure où elle entraîne souvent la rénovation des
logements, donnant au cadre bâti un nouveau souffle.
[12]
Quelques enseignes, comme Les Salons d’Edgar, le Scanner, la Cuisine
électronique, le Cercle, seraient de ces lieux qui ont émergé en marge
— au propre comme au figuré — du « Saint-Roch des subventions
»
et qui seraient peut-être des reflets, même partiels, de ce Saint-Roch
désiré par certains acteurs spécifiques. Quoique, certaines de ses
enseignes — celles de la rue Saint-Vallier — ne sont peut-être pas tant
en marge de Saint-Roch que tournées vers Saint-Jean-Baptiste? La
question reste ouverte.
[13]
La rue Saint-Joseph a récemment été intégrée à un parcours piétonnier
visant à faire circuler les touristes du Vieux-Québec le long des
principales artères commerciales du centre-ville: Grande-Allée,
Cartier, Saint-Joseph, Saint-Paul. Ne risque-t-on pas, ce faisant,
d’amplifier cette rupture entre le nouveau et l’ancien, en transformant
Saint-Joseph en extension du Vieux-Québec? Une telle fréquentation
touristique ne pourrait-elle pas, à long terme, consacrer (ou
amplifier) le côté artificiel du Nouvo Saint-Roch?
[14]
Il est à souligner que certains étudiants sont contraints de se
localiser dans Saint-Roch à cause de la localisation dans ce quartier
de certaines institutions d’enseignement et de résidences
universitaires.
Blanchard, Raoul (1935), L’est du Canada français: province de Québec, tome II, Paris et Montréal, Masson et Beauchemin.
Dechêne, Louise (1981), «La rente du faubourg Saint-Roch à Québec —
1750-1850» dans la Revue
d'histoire de l'Amérique française, vol. 34, n°4, mars,
pp. 569-597.
Fréchette, Louis (1972), Originaux
et détraqués. Montréal, éditions du Jour.
Guertin, Rémi (2006), Québec,
Morphogenèse d’une ville. Thèse de doctorat déposée à
l’université de Montréal, Québec.
Hare, John, Marc Lafrance et Thierry-David Ruddel (1987), Histoire de la ville de Québec,
1608-1871, Montréal, Boréal.
Hulbert, François (1994), Essai
de géopolitique urbaine et régionale. La comédie urbaine de Québec
(deuxième édition). Éditions du Méridien, Laval.
Mélançon, Yves (1997), L'aménagement
des Parcs des Champs de Bataille et Victoria à Québec: une hypothèse
structurale. Thèse de troisième cycle, Québec, Université
Laval.
Mercier, Guy (1998), «Le jardin Saint-Roch ou la centralité perdue»
dans Guy Mercier et Jacques Bethemont (sdr), La ville en quête de nature,
Québec, Septentrion, pp. 129-155.
Mercier,
Guy et Sophie Mascolo (1995), «La place commerciale et la mythologie de
l'urbanisme contemporain. Le témoignage de la rue Saint-Joseph à
Québec» dans Noppen, Luc (sdr), Architecture,
forme urbaine et identité collective. Québec, Septentrion,
pp.53-102.
Morisset, Lucie K. (1996),
Patrimoine du quartier Saint-Roch. La mémoire du paysage, histoire de
la forme urbaine. Québec, Ville de Québec.
Moss, William (sdr de Marcel Moussette) (1994), Une archéologie du paysage
urbain à la terressa Dufferin. Rapports et mémoires de
recherche du Célat, Québec, CELAT, Ville de Québec.
Noppen, Luc, (1974), Notre-Dame-des-Victoires
à place Royale de Québec. Série architecture, Ministère
des affaires culturelles, Québec.
Ritchot, Gilles; François Charbonneau, Pierre Gascon et Gilles Lavigne
(1977), Rapport d'étude
sur le patrimoine immobilier. Montréal, Centre de
recherches et d'innovations urbaines (CRIU).
Ritchot,
Gilles; Guy Mercier et Sophie Mascolo (1994), «L'étalement urbain comme
phénomène géographique: l'exemple de Québec» dans les Cahiers de géographie du Québec,
vol. 38, n°105, pp. 261-300.
Taylor, Charles (1998), Les
sources du moi. La formation de l'identité moderne.
Montréal, Boréal.
Ville de Québec (1987.1), Saint-Roch.
Un quartier en constante évolution. Québec, Ville de
Québec.